Jumeaux monozygotes et "faux jumeaux" : quelles différences ?

jumeaux dans des draps

De toute éternité depuis que la femme a enfanté, la gémellité a fasciné les hommes qui, faute de pouvoir la comprendre, l'ont tour à tour adorée ou abhorrée. Présent dans toutes les civilisations, le mythe des vrais ou des faux jumeaux a donné naissance à Yami et Yama dans le Rig-Veda, Seth et Horus dans l'Égypte Pharaonique, Caïn et Abel dans la Bible, Castor et Pollux dans la mythologie grecque et Romulus et Remus dans l'antiquité Romaine. Les études sur la gémellité dans la seconde moitié du XX° siècle ont apporté des réponses quant au processus qui conduit à deux ou plusieurs naissances simultanées au cours d'une même grossesse. La cause profonde du phénomène reste pour l'heure du domaine du Grand Mystère de Mère Nature.

Un ou deux œufs ?

On entend souvent parler de vrais ou de faux jumeaux. En réalité il y a deux situations différentes, très différentes l'une de l'autre et ayant des conséquences importantes sur le suivi de la grossesse.

  • Les jumeaux monozygotes dits « vrais jumeaux » proviennent d'un début de fécondation d'un unique ovule par un seul spermatozoïde, à l'image de n'importe quelle conception dite normale. Pourtant sans que l'on en sache la raison, à un instant T (2 à 13 jours après la fécondation) l'ovule fécondé se divise en deux. L'un étant l'exacte réplique de l'autre avec naturellement un même patrimoine génétique. Cela va entrainer le développement de deux foetus, qui si la division s'effectue dans les quatre premiers jours après la fécondation, auront chacun leur placenta et leur poche amniotique. On parle alors de conception bichoriale-biamniotique. C'est la situation idéale pour la gestation et le développement futur des jumeaux. Si la division intervient entre le 5ème et le 6ème jour chacun possédera sa poche amniotique mais ils partageront un seul et même placenta (grossesse monochoriale biamniotique). Enfin si la scission intervient entre le 7ème et le 13ème jour non seulement ils partageront le même placenta mais seront dans la même poche amniotique (grossesse monochoriale mono amniotique). Au-delà du 13ème jour les fœtus partageront une partie de leur corps et seront donc des bébés dits "siamois".
  • Les jumeaux dizygotes dits « faux jumeaux » ne sont ni plus ni moins que deux conceptions normales qui interviennent en même temps ou avec quelques heures d'écart. Deux ovocytes sont fécondés par deux spermatozoïdes. Les embryons auront chacun leur propre placenta et seront dans deux poches distinctes (grossesse forcément bichoriale biamnotique). Cela donne à la naissance deux bébés ayant chacun leurs caractéristiques physiques propres, pouvant donc tout à fait être de sexe opposé comme de même sexe.

Aïe ! Ça se complique

Jusqu'à la seconde moitié du XX° siècle les naissances gémellaires comportaient des risques importants, qui grâce à la médicalisation actuelle et notamment grâce au recours systématique à l'échographie se sont un peu atténués. Pour autant il s'agit toujours de grossesses à risque. Parmi ceux-ci la prématurité (50 % des naissances gémellaires) et les retards de croissance in utéro sur l'un des jumeaux, constituent les risques les plus fréquents et impliquent un suivi beaucoup plus strict de la grossesse. Un autre risque possible (30% des grossesses gémellaires monochoriales) est le syndrome dit « transfuseur-transfusé ». Il s'agit d'un déséquilibre hémodynamique grave qui s'établit en raison de la présence d'une vascularisation partagée (anastomoses) au sein d'un placenta unique commun aux deux fœtus.

Et après la naissance ?

Que les jumeaux soient monozygotes ou dizygotes, il importera de les considérer dès leur plus jeune âge comme deux personnes distinctes et non un couple ou un groupe pour les triplés et plus. Nouer un lien personnel avec chacun d'entre eux, repérer les différences et laisser leur personnalité s'épanouir devra être la priorité de tout parent de jumeaux. Cette attitude sera évidemment beaucoup plus facile à adopter dans le cas de jumeaux dizygotes qui en général ne se ressemblent pas et sont dans 1/3 des cas de sexe différent. Pour les jumeaux monozygotes, la difficulté vient surtout de l'entourage qui a plus de mal à différencier les enfants que leurs parents qui dans leur immense majorité trouvent très vite que leurs enfants ne se ressemblent pas même s'ils sont les seuls à les identifier à tous les coups !

Ce qu'il faut retenir

Passée la première annonce d'une gémellité à venir, qui peut être un choc pour les futurs parents et on le comprendra aisément, la majorité des grossesses gémellaires se déroule bien sous réserve qu'elles soient correctement suivies. Ces grossesses restent cependant placées sous haute surveillance surtout s'il s'agit d'une grossesse monochoriale-biamniotique et à fortiori monochoriale- monoamniotique.
La grossesse, la petite enfance, l'adolescence et même parfois l'âge adulte apporteront leur lot de questionnement pour les parents comme pour leurs enfants. Les associations Jumeaux et Plus sont là pour accompagner les parents à travers toutes ces étapes de la vie.